Sortir du « pour ou contre », pour anticiper les bouleversements qu’apportent un grand prédateur
Revenu en France depuis 1992 par le sud des Alpes, le loup gagne de nouveaux territoires partout en France. À l’heure ou l’élevage semi extensif semble répondre aux exigences de la majeure partie de la population (nourriture locale, entretien des milieux ouverts, bien-être animal, sobriété énergétique), les amateurs et clients de ces produits de haute qualité écologique et alimentaire se doutent-ils que ce type d’élevage est particulièrement sensible à la prédation animale, et donc potentiellement à celle du loup ? Là où 30 années de polarité « pour ou contre » ont montré leur improductivité, le retour en force de la grande faune (dont les prédateurs) nous pousse à repenser notre manière d’occuper le paysage au vu des conflits et dégâts qu’elle peut générer.
Depuis 5 ans, un collectif d’éleveurs, le CIVAM PPML (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural- Produire partager manger local) basé en Gironde et Dordogne (front de colonisation du loup), porte un Plan de Prévention du Risque de Prédation PPRP . Afin de sortir de la dichotomie stérile du « pour-ou-contre », les éleveurs du CIVAM ont fait le choix de s’équiper d’abord en moyens de protection, puiser dans l’expérience de leurs confrères Drômois depuis longtemps confrontés à l’animal, en créant un réseau de détection du loup, basé sur l’entente et la confiance entre les acteurs du terrain (propriétaires, chasseurs, habitants, collectivités, autorités). Un réseau de détection articulé par des techniciens de la détection du loup pour connaitre au mieux l’état de progression de l’espèce, la rendre visible aux yeux des éleveurs avant les premières attaques.

Ingénieur en écologie comportementale, Hadrien Raggenbass a effectué des études en Biologie et Anthropologie à l’Université de Neuchâtel (Suisse). Après l’obtention d’un master centré sur le comportement animal, c’est à sa rencontre avec Antoine Nochy (ingénieur écologue spécialiste du loup, formé dans les Rocheuses étatsuniennes) qu’il développe une spécialité sur la « primo-détection » du loup en front de colonisation, en Corrèze et dans les Cévennes. Depuis 5 ans, il est le référent technique du Plan de Prévention du Risque de Prédation en Dordogne et Gironde ou il travaille en interface avec les éleveurs, les chasseurs, les autorités environnementales et la recherche académique pour développer des opportunités de recherche sur les loups de manière empirique sur le terrain.