{"id":288,"date":"2013-11-18T13:00:00","date_gmt":"2013-11-18T12:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lesavoirpartage.org\/new\/2013\/11\/18\/laffaire-dominici-conference-et-film\/"},"modified":"2013-11-18T13:00:00","modified_gmt":"2013-11-18T12:00:00","slug":"laffaire-dominici-conference-et-film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lesavoirpartage.org\/new\/2013\/11\/18\/laffaire-dominici-conference-et-film\/","title":{"rendered":"L&#8217;affaire Dominici, conf\u00e9rence et film"},"content":{"rendered":"<p>Une journ&eacute;e consacr&eacute;e &agrave; l&#039;affaire Dominici, le 18 novembre avec repas, projection de film et conf&eacute;rence de Pierre C&ocirc;te &agrave; la librairie Pr&eacute;texte.<font face=\"Times New Roman\" size=\"3\">  <\/font><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: center\" align=\"center\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">L&rsquo;affaire Dominici<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">T&eacute;l&eacute;film r&eacute;alis&eacute; par Pierre Boutron en 2003<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Dans ce t&eacute;l&eacute;film, Michel Serrault, d&eacute;c&eacute;d&eacute; en 2007, tient le r&ocirc;le de Gaston Dominici et Michel Blanc celui du Commissaire Edmond S&eacute;beille. Deux acteurs exceptionnels.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Michel Serrault colle parfaitement au personnage de Gaston&nbsp;: patriarche rude, secret, coriace, peu loquace, parfois brutal, mais aussi sensible et &eacute;mouvant. Serrault est un rural, un homme de la terre. Il incarne Gaston. Il le fait d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;il a d&eacute;clar&eacute; &agrave; &laquo;&nbsp;La Derni&egrave;re Heure&nbsp;&raquo; (Belgique), le 10 septembre 2003&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je n&rsquo;ai accept&eacute; ce r&ocirc;le que si je le jouais non coupable &hellip; On a tous des d&eacute;fauts. Mais coupable, non&nbsp;! Ce type, je l&rsquo;aime&nbsp;&raquo;.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Au bout de 3h15, le spectateur, qui suit pas &agrave; pas l&rsquo;enqu&ecirc;te, le proc&egrave;s et l&rsquo;incarc&eacute;ration de Gaston, acquiert la conviction que Gaston n&rsquo;&eacute;tait pas coupable, mais victime d&rsquo;une machination des services secrets, machination que le Commissaire S&eacute;beille n&rsquo;a pas su (ou pas voulu) d&eacute;celer et que les autorit&eacute;s de l&rsquo;Etat ont volontairement occult&eacute;e.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Il convient, cependant, de garder une approche critique de ce film et de prendre de la distance.<br \/> Certes, il est annonc&eacute;, dans le g&eacute;n&eacute;rique&nbsp;: &laquo;&nbsp;D&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;enqu&ecirc;te de William Reymond&nbsp;&raquo; (il s&rsquo;agit de son livre &laquo;&nbsp;Dominici non coupable - Les assassins retrouv&eacute;s&nbsp;&raquo;, publi&eacute; en 1997 et r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 2003). <\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Mais cela va bien au-del&agrave;&nbsp;:<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">.<span>&nbsp; <\/span>C&rsquo;est une fiction&nbsp;<strong>: <\/strong>des personnages fictifs et des sc&egrave;nes fictives ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s,<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">. <span>&nbsp;<\/span>C&rsquo;est m&ecirc;me une escroquerie intellectuelle<strong>.<\/strong><\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><strong><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">C&rsquo;est une fiction<\/font><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Le personnage du journaliste Lukas Fabre est fictif&nbsp;: il est, ce qui n&rsquo;a rien de choquant, le fil conducteur de la d&eacute;monstration qu&rsquo;a tent&eacute; de faire William Reymond. Et la petite Brigitte l&rsquo;accompagne.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Mais, surtout, cet homme, que Lukas Fabre rencontre au cimeti&egrave;re de Forcalquier et avec qui il a un long entretien &agrave; l&rsquo;occasion de la r&eacute;ception donn&eacute;e par le Garde des Sceaux en l&rsquo;honneur de S&eacute;beille, cet homme dont l&rsquo;identit&eacute; n&rsquo;est pas r&eacute;v&eacute;l&eacute;e et dont on ne sait trop qui il est, mais dont le spectateur comprend qu&rsquo;il connaissait Jack Drummond &laquo;&nbsp;depuis 30 ans&nbsp;&raquo;, qu&rsquo;il est anglais (par son accent) et qu&rsquo;il appartient aux services secrets britanniques, cet homme, qui accr&eacute;dite la th&egrave;se du secret d&rsquo;Etat, est totalement fictif.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Parmi les sc&egrave;nes qui ne correspondent en rien &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, il faut particuli&egrave;rement mentionner celle o&ugrave; S&eacute;beille rend visite &agrave; Gaston &agrave; la prison des Baumettes et o&ugrave;, ayant tent&eacute; sans succ&egrave;s de lui faire avouer qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; l&rsquo;assassin des Drummond, il se jette sur Gaston en le prenant au collet comme s&rsquo;il voulait l&lsquo;&eacute;trangler dans un mouvement de haine et de col&egrave;re. Cette sc&egrave;ne est fictive et m&ecirc;me peu r&eacute;aliste. Mieux, elle est diffamatoire vis-&agrave;-vis du Commissaire Edmond S&eacute;beille.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Le commissaire Gillard n&rsquo;a jamais d&eacute;clar&eacute;&nbsp;: &laquo;&nbsp;J&rsquo;ai approch&eacute; la v&eacute;rit&eacute; de pr&egrave;s, mais cette v&eacute;rit&eacute;, personne n&rsquo;en veut&nbsp;&raquo;. Et ne parlons pas de cette sc&egrave;ne o&ugrave; un journaliste (Lukas Fabre) p&eacute;n&egrave;tre par effraction dans la chambre d&rsquo;h&ocirc;tel du Commissaire Gillard pour fouiller dans ses notes et ses rapports&nbsp;: c&rsquo;est un manquement d&eacute;lib&eacute;r&eacute; &agrave; la d&eacute;ontologie des journalistes, c&rsquo;est m&ecirc;me une infraction p&eacute;nale&nbsp;!<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Il serait fastidieux de relater toutes les sc&egrave;nes o&ugrave; la r&eacute;alit&eacute;, celle qui est attest&eacute;e et v&eacute;rifi&eacute;e, relat&eacute;e dans des documents officiels, est d&eacute;form&eacute;e, tronqu&eacute;e, habill&eacute;e, d&eacute;tourn&eacute;e.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><strong><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">C&rsquo;est une escroquerie intellectuelle<\/font><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">A bien y regarder, ce plaidoyer en faveur de l&rsquo;innocence de Gaston est assez maladroit, souvent excessif et bien peu cr&eacute;dible (comme tout ce qui est excessif). Mais, ce qui est grave, c&rsquo;est qu&rsquo;il trompe et manipule m&ecirc;me le spectateur.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><font face=\"Calibri\"><strong><span style=\"font-size: 10pt\">Peu cr&eacute;dible<\/span><\/strong><span style=\"font-size: 10pt\">, parce la th&egrave;se (qui n&rsquo;aurait d&ucirc; rester qu&rsquo;une hypoth&egrave;se) de W. Reymond est elle-m&ecirc;me peu cr&eacute;dible&nbsp;:<\/span><\/font><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">= elle repose sur des supputations, et non des d&eacute;monstrations&nbsp;: Sir Jack Drummond qui aurait acquis une bonne pratique de la langue fran&ccedil;aise &agrave; l&rsquo;insu de tout son entourage, qui aurait appartenu aux services secrets britanniques et &eacute;t&eacute; envoy&eacute; en mission dans le cadre de l&rsquo;op&eacute;ration Paperclip \/ Matchbox&nbsp;;<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">= elle s&rsquo;appuie sur des t&eacute;moignages tardifs (40 ans apr&egrave;s le triple assassinat) et suspects (t&eacute;moignages venant principalement<span>&nbsp; <\/span>de Gustave et d&rsquo;Yvette, voire t&eacute;moignage indirect d&rsquo;Alain, un b&eacute;b&eacute; au moment du drame).&nbsp;<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Le film, comme la th&egrave;se de W. Reymond, n&rsquo;est <strong>pas r&eacute;aliste<\/strong>. En voici deux illustrations&nbsp;:<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Il est acquis, abondamment d&eacute;montr&eacute; et non contest&eacute;, que l&rsquo;assassinat a &eacute;t&eacute; commis en faisant usage de la carabine am&eacute;ricaine Rock-Ola retrouv&eacute;e dans un bras mort de la Durance. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une arme ancienne (de celles laiss&eacute;es sur place par les troupes am&eacute;ricaines &agrave; la suite du d&eacute;barquement en Provence, le 15 juin 1944). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une arme en tr&egrave;s mauvais &eacute;tat, &laquo;&nbsp;rafistol&eacute;e&nbsp;&raquo; (bague et fil de fer). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une arme &laquo;&nbsp;locale&nbsp;&raquo;, graiss&eacute;e &agrave; l&rsquo;huile d&rsquo;olive. Comment imaginer qu&rsquo;un commando venant d&rsquo;Allemagne et agissant aux ordres du KGB russe, ait utilis&eacute; une arme aussi v&eacute;tuste, obsol&egrave;te et peu adapt&eacute;e pour commettre son forfait&nbsp;? Et comment se la serait-il procur&eacute;e&nbsp;? Il faudrait imaginer qu&rsquo;il ait pr&eacute;alablement fait une exp&eacute;dition dans la r&eacute;gion des Basses Alpes pour voler ou acheter cette carabine &hellip;<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Certains imaginent que cette arme a &eacute;t&eacute; choisie pour faire une mise en sc&egrave;ne afin d&rsquo;orienter les recherches judiciaires vers des gens de la r&eacute;gion. Ce n&rsquo;est pas r&eacute;aliste&nbsp;: des tueurs professionnels, commandit&eacute;s par des services secrets, ex&eacute;cutent leur mission et repartent. Il n&rsquo;est, pour eux comme pour ceux qui commanditent, d&rsquo;aucune utilit&eacute; de falsifier les indices. La m&ecirc;me remarque vaut pour la sc&egrave;ne o&ugrave; le commando sort (avec d&eacute;licatesse) quelques cartons et objets de la Hillman pour faire croire aux enqu&ecirc;teurs &agrave; un crime crapuleux.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Sir Jack Drummond aurait &eacute;t&eacute; attir&eacute; dans un guet-apens. On l&rsquo;aurait all&eacute;ch&eacute; par la pr&eacute;sence de l&rsquo;usine de Saint-Auban, &agrave; Ch&acirc;teau-Arnoux. Mais qui &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo;&nbsp;? Il faudrait que ce soit des dirigeants ou des ing&eacute;nieurs de cette usine, seuls en mesure de lui donner des informations utiles sur les produits fabriqu&eacute;s et les recherches men&eacute;es dans cette usine. Or, lorsque l&rsquo;on appartient &agrave; des services secrets et que l&rsquo;on re&ccedil;oit une telle &laquo;&nbsp;invitation&nbsp;&raquo;, on v&eacute;rifie &eacute;videmment ses sources. Et, nous dit-on, Sir Jack, &eacute;minent nutritionniste, aurait &eacute;t&eacute; int&eacute;ress&eacute; par cette usine car elle mettait au point des produits pour la conservation des aliments. Or, l&rsquo;usine de Saint-Auban (cr&eacute;&eacute;e en 1916 et successivement pass&eacute;e entre les mains de P&eacute;chiney, P&eacute;chiney Saint-Gobain, Rh&ocirc;ne-Poulenc, Elf Atochem, Atofina, et maintenant Arkema) n&rsquo;a jamais produit que des produits fluor&eacute;s, des polym&egrave;res fluor&eacute;s, du chlorure de chaux, de l&rsquo;eau de Javel, de l&rsquo;ammoniac, de l&rsquo;acide chlorhydrique, du PVC. O&ugrave; sont les produits destin&eacute;s &agrave; la conservation des aliments&nbsp;?<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\"><span>&nbsp;<\/span>Et que dire de l&rsquo;agenda de Sir Jack (mentionnant un rendez-vous &agrave; Lurs le 4 ao&ucirc;t) qui, selon Fabre, aurait &eacute;t&eacute; retrouv&eacute; dans une poubelle &agrave; Londres&nbsp;! Pour quelle raison Sir Jack, qui n&rsquo;habitait pas Londres, mais Nottingham, serait-il all&eacute; &agrave; Londres avant son d&eacute;part en vacances sur la Riviera fran&ccedil;aise pour y jeter son agenda dans une poubelle&nbsp;? Sans parler de ces extraordinaires limiers de Scotland Yard qui auraient fouill&eacute; toutes les poubelles de Grande-Bretagne pour y rechercher un agenda &hellip;<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><font face=\"Calibri\"><strong><span style=\"font-size: 10pt\">Maladroit<\/span><\/strong><span style=\"font-size: 10pt\">, comme l&rsquo;illustre l&rsquo;exemple suivant&nbsp;:<\/span><\/font><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Lorsque S&eacute;beille convoque Gaston au Palais de justice pour lui dire que ses deux fils l&rsquo;ont accus&eacute;, il lui fait entendre un enregistrement de la voix de Gustave. Cette voix est celle de quelqu&rsquo;un qui ne parle pas spontan&eacute;ment, mais qui, manifestement, d&eacute;chiffre avec difficult&eacute; un texte &eacute;crit. Quelques minutes plus tard, on passe &agrave; une sc&egrave;ne o&ugrave; Gustave revient &agrave; la Grand&rsquo;Terre et o&ugrave; Yvette lui reproche avec v&eacute;h&eacute;mence d&rsquo;avoir d&eacute;nonc&eacute; son p&egrave;re. Gustave se d&eacute;fausse en lui r&eacute;pondant qu&rsquo;on lui a fait signer des &laquo;&nbsp;papiers&nbsp;&raquo; sans le laisser les lire &hellip; A trop en faire,<span>&nbsp; <\/span>le r&eacute;alisateur se contredit.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Ce film est une <strong>manipulation<\/strong>&nbsp;: chaque sc&egrave;ne est d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment con&ccedil;ue pour montrer ou sous-entendre, de mani&egrave;re tout-&agrave;-fait insidieuse&nbsp;:<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">= Que le commissaire S&eacute;beille a manqu&eacute; de conscience professionnelle et n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; objectif : d&rsquo;embl&eacute;e, il a montr&eacute; une pr&eacute;vention vis-&agrave;-vis des Dominici et s&rsquo;est crisp&eacute; dans sa volont&eacute; de d&eacute;montrer leur culpabilit&eacute;. A peine arriv&eacute; sur les lieux, dans l&rsquo;apr&egrave;s-midi du 5 ao&ucirc;t, il aurait dit &laquo;&nbsp;Je les connais, moi, les crimes paysans&nbsp;&raquo;. Et, pour &ecirc;tre certain que le spectateur en a bien pris note, le r&eacute;alisateur place de nouveau cette affirmation dans sa bouche, un quart d&rsquo;heure plus tard&nbsp;! Il montre son m&eacute;pris pour ces&nbsp; &laquo;&nbsp;campagnes arri&eacute;r&eacute;es&nbsp;&raquo;.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">[On sait que cela n&rsquo;est pas conforme aux faits. S&eacute;beille s&rsquo;est si peu int&eacute;ress&eacute; &agrave; la Grand&rsquo;Terre et aux Dominici au d&eacute;but de son enqu&ecirc;te qu&rsquo;il a ordonn&eacute; &agrave; l&rsquo;inspecteur Girolami de faire autre chose que de s&rsquo;occuper du pantalon qui s&eacute;chait dans la cour de la Grand&rsquo;Terre et a n&eacute;glig&eacute; de s&rsquo;int&eacute;resser aux marques de pas &agrave; proximit&eacute; du corps d&rsquo;Elizabeth.]<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">= Qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d&rsquo;argument s&eacute;rieux pour accuser Gaston Dominici. A deux reprises au moins, alors que S&eacute;beille dit que l&rsquo;affaire avance, le film fait dire &agrave; son adjoint, l&rsquo;inspecteur Ranchin&nbsp;: &laquo;&nbsp;Vous ne trouvez pas qu&rsquo;on manque un peu de preuves&nbsp;?&nbsp;&raquo;<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">= Que le commissaire S&eacute;beille est &laquo;&nbsp;un tr&egrave;s mauvais policier&nbsp;&raquo;: le commissaire Gillard le confie &agrave; Lukas Fabre&nbsp;!<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">l&rsquo;enqu&ecirc;te a &eacute;t&eacute; men&eacute;e &agrave; charge&nbsp;: S&eacute;beille n&rsquo;a eu de cesse d&rsquo;exercer des pressions sur Gustave, Clovis, Maillet, Z&eacute;z&eacute; &hellip; et Gaston lui-m&ecirc;me, bien s&ucirc;r. Tr&egrave;s t&ocirc;t, on place cette confidence dans la bouche de S&eacute;beille&nbsp;: &laquo;&nbsp;Je suis s&ucirc;r que c&rsquo;est le vieux. Je le sens&nbsp;&raquo;.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">= Que la reconstitution a &eacute;t&eacute; b&acirc;cl&eacute;e. Gaston est pr&eacute;sent&eacute; comme un pantin amus&eacute; et ironique qui demande o&ugrave; il doit se placer et quels gestes il doit faire et les fait servilement. M&ecirc;me le juge Perri&egrave;s b&acirc;cle cette reconstitution.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Les &eacute;v&egrave;nements sont syst&eacute;matiquement d&eacute;natur&eacute;s. Le meilleur exemple en est la sc&egrave;ne des aveux spontan&eacute;s de Gaston au gardien Gu&eacute;rino dans la soir&eacute;e du 14 septembre 1953 est d&eacute;natur&eacute;e&nbsp;: S&eacute;beille est derri&egrave;re la porte entr&rsquo;ouverte de la salle du Palais de justice et dicte &agrave; Gu&eacute;rino ce qu&rsquo;il doit faire dire &agrave; Gaston. Ainsi, les aveux n&rsquo;ont plus rien de spontan&eacute;. Or, il est &eacute;tabli que S&eacute;beille &eacute;tait all&eacute; diner dans un restaurant&nbsp;: il n&rsquo;&eacute;tait pas l&agrave;.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Mais ce n&rsquo;est pas le seul, loin de l&agrave;. <\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Ainsi, lorsque S&eacute;beille et ses inspecteurs ont<span>&nbsp; <\/span>montr&eacute; la carabine Rock-Ola &agrave; Clovis. Selon S&eacute;beille, il<span>&nbsp; <\/span>est rest&eacute; interloqu&eacute;, plein d&rsquo;effroi&nbsp;: &laquo;Il se mit &agrave; genoux en roulant de grands yeux et en se mordillant les l&egrave;vres&nbsp;&raquo;. Dans le film, Clovis, tr&egrave;s calme, s&rsquo;accroupit pour examiner attentivement l&rsquo;arme. Il explique qu&rsquo;il s&rsquo;est accroupi par habitude, &eacute;tant poseur de rails.&nbsp;<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Ces observations critiques, tr&egrave;s incompl&egrave;tes, ne retirent rien &agrave; la qualit&eacute; du jeu des acteurs, sp&eacute;cialement Michel Serrault&nbsp;: peut-&ecirc;tre n&rsquo;est-on pas convaincu, apr&egrave;s avoir vu ce film, que Gaston Dominici est innocent, mais on voudrait tellement qu&rsquo;il le soit.<\/font><\/span><\/p>\n<p style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;text-align: justify\"><span style=\"font-size: 10pt\"><font face=\"Calibri\">Pierre C&ocirc;te, 19 novembre 2013<\/font><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Une journ&eacute;e consacr&eacute;e &agrave; l&#039;affaire Dominici, le 18 novembre avec repas, projection de film et conf&eacute;rence de Pierre C&ocirc;te &agrave; la librairie Pr&eacute;texte. L&rsquo;affaire Dominici T&eacute;l&eacute;film r&eacute;alis&eacute; par Pierre Boutron en 2003 Dans ce t&eacute;l&eacute;film, Michel Serrault, d&eacute;c&eacute;d&eacute; en 2007, tient le r&ocirc;le de Gaston Dominici et Michel Blanc celui du Commissaire Edmond S&eacute;beille. Deux acteurs exceptionnels. 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